L'histoire :
De retour de mission sur Mars après presque deux ans d'absence, des astronautes atterrissent
au sud de San Francisco, à Burlingame. Ils s'attendent à être accueillis avec parades et défilés tel des héros. Mais au lieu de cela, la population semble effrayée par eux et le FBI intervient.
Avant de les abattre froidement, l'agent Scanlan leur apprend qu'ils ne peuvent être de la mission Terre-Mars car tout l'équipage s'est écrasé en atteignant Mars. En fait, tous
les deux ou trois mois, le même équipage réapparaît inlassablement à la population qui est persuadée qu'il s'agit d'espions martiens.
Cette nouvelle est tout ce que j'aime ! Un texte a plusieurs niveaux de lecture qui vous entraîne dans pleins
de directions possibles et vous oblige à une grande masturbation intellectuelle. Donc, soit on a affaire à une histoire digne de la quatrième dimension et dès lors on se laisse embarquer dans
cette histoire de paranoïa absurde et on ne cherche pas à en savoir plus, soit on considère la peur des habitants comme justifiée et alors on peut se focaliser un peu plus sur les espions
martiens cachés derrière les visages des astronautes.
Pour commencer, ce qui est troublant c'est que la nouvelle s'ouvre en nous prenant à témoin du retour de l'équipage et aucune ambiguïté quand à leur intégrité ne vient troubler notre lecture. La
nouvelle étant complètement linéaire, pas de flash back ou d'ellipses, au moment de la mort des astronautes, elle continue sous le regard cette fois de l'agent et des témoins dont les peurs
deviennent justifiées grâce aux explications de Scanlan. Avec cette façon d'aborder son scénario, Dick nous maintient dans un doute parfait. Qui croire ? Et donc
comment prendre parti pour l'un ou pour l'autre ? Crainte justifiée ou non ? Les astronautes sont-ils abattus bêtement et sans raison ? Mais alors comment expliquer que les habitants voient
débarquer les mêmes astronautes régulièrement ? Folie et paranoïa générale ? ou les astronautes sont de vrais martiens ? Et alors pourquoi feindre d'être de parfaits humains dans un espace clos
tel qu'une fusée et qu'ils sont entre eux ?
Vous l'aurez compris, si l'on tente de répondre à toutes ses questions elles aboutissent sur autant de paradoxes et c'est ce cercle vicieux infernal qui m'ont amenée, moi, au concept du "jour
sans fin". Autrement dit ici, une situation qui se répète inlassablement, non en continuité de la première mais en substitution comme pour se dire, quelque chose m'a échappé et j'ai la chance de
pouvoir revivre l'évènement autant de fois qu'il le faut pour comprendre où est mon erreur. Reste à savoir pour qui cela se répète : pour la population qui s'enferme dans une paranoïa
destructrice ne laissant aucune chance aux astronautes d'expliquer leur retour inattendu ou pour les martiens si tels ils sont et qui n'ont pas encore trouvé le moyen de s'immiscer dans notre
monde sans se faire remarquer ? Et que dire des astronautes. Finalement, c'est peut-être eux qui ont quelques chose à apprendre de cette infernale situation... mais quoi ?
Pour conclure, cette histoire est passionnante même si elle ne dévoile pas grand chose sur la planète Mars en tant que telle.
Descriptions martiennes
Mars : Mars... Maudit désert rouge, avec son soleil, ses mouches et ses ruines !
Martiens : Si ils existent... Ils nous expédient des imitations, inlassablement. Ils essaient de les infiltrer
parmi nous.
Le retour des explorateurs (1959) Philip K. Dick dans Nouvelles Tome 2 (Lune
d'encre) Disponible
(Côte martienne
)
Mars entre 1950-1959